C’est le genre de courrier qu’aucun propriétaire n’a envie de recevoir. Le 3 septembre, BMW a déclenché un rappel portant sur 189 130 véhicules, réparti sur trois lignes de modèles et six années de production. Le coupable tient dans une main : un relais de démarreur qui laisse passer l’eau.
Ce que BMW reproche à la pièce
Le relais de démarreur des voitures concernées n’est pas suffisamment protégé contre les infiltrations. Avec le temps et l’exposition à l’humidité, l’eau finit par atteindre les contacts internes et les corroder. La corrosion crée alors un pont conducteur, autrement dit un court-circuit. À proximité immédiate d’un démarreur, ce n’est plus une simple fantaisie électrique : c’est un départ de feu potentiel.
Le rappel est suivi en Allemagne par le Kraftfahrt-Bundesamt sous la référence 16791R. Les pièces incriminées portent les codes internes BMW 0012820600 et 0012840600.
Quelles BMW sont concernées
La campagne couvre les Série 3, Série 5 et Série 7 assemblées entre le 29 juillet 2014 et le 12 novembre 2020. BMW n’a pas publié de ventilation par code châssis, mais cette fenêtre parle d’elle-même. Elle englobe :
- la Série 3 F30 en fin de carrière, puis les premières G20 ;
- la Série 5 F10 finissante et l’essentiel de la G30 ;
- les Série 7 F01/F02 tardives et le début de la génération G11/G12.
Autrement dit, une pièce partagée qui a traversé deux générations complètes sur les trois berlines les plus vendues de la marque. Voilà pourquoi le compteur grimpe à six chiffres.

Comment se déroule l’intervention
Rien à diagnostiquer soi-même. En atelier agréé, les techniciens ne remplacent pas seulement le relais : ils changent le démarreur complet. L’idée est de supprimer d’un coup le chemin d’eau vers le composant plutôt que de traiter le symptôme. L’opération est prise en charge, comme toujours dans le cadre d’un rappel.
La campagne a d’abord été lancée en Allemagne, et elle est déployée via le réseau de concessionnaires agréés à l’échelle mondiale. Les calendriers ne se calent jamais parfaitement d’un pays à l’autre. Si votre voiture entre dans la fenêtre 2014-2020, le réflexe utile consiste à faire vérifier votre VIN par un concessionnaire plutôt qu’à guetter un courrier.
Un deuxième rappel en trois semaines
Ce n’est pas isolé. Fin août, BMW rappelait déjà 27 720 exemplaires de Série 5, Série 8 et 750e pour un problème d’arbre de transmission, comme nous l’avions détaillé dans notre article consacré à ce rappel. Deux campagnes rapprochées, deux causes techniques sans rapport, mais un même effet sur la perception : celui d’une marque qui multiplie les corrections sur des voitures déjà anciennes.
Il faut relativiser. Un rappel volumineux n’est pas forcément le signe d’une qualité en baisse. C’est souvent l’inverse : la traçabilité s’est améliorée, les seuils d’alerte se sont abaissés, et les constructeurs préfèrent aujourd’hui déclencher tôt et large plutôt que d’attendre les statistiques d’incidents. Une pièce commune à trois gammes amplifie mécaniquement le chiffre.
Ce que cela dit du parc BMW vieillissant
Les voitures visées ont entre six et douze ans. Beaucoup sont passées en deuxième ou troisième main, souvent hors réseau. C’est la difficulté classique de ce type de campagne : le taux de prise en charge chute à mesure que le véhicule s’éloigne de son premier propriétaire. Une F30 de 2015 revendue trois fois a peu de chances de recevoir le courrier au bon endroit.
Pour ces modèles, la vigilance vaut aussi hors rappel. Un démarreur qui peine à froid, un claquement bref sans lancement, une odeur d’électronique chaude après une coupure du contact : rien de tout cela ne prouve la corrosion du relais, mais ce sont des motifs suffisants pour passer à l’atelier sans attendre le prochain contrôle.
Et pour la suite
La Série 3 s’apprête à changer d’ère avec la G50, dont nous avons détaillé le calendrier dans notre dossier sur la huitième génération. Une architecture électrique repensée, des composants haute tension, une conception d’ensemble différente. Les relais de démarreur, eux, appartiendront bientôt au passé sur les versions électriques.
Comment savoir si votre voiture est concernée
Le numéro d’identification du véhicule reste la seule réponse fiable. Il figure sur la carte grise, en case E, et sur la plaque constructeur visible dans la baie de pare-brise ou sur le montant de portière conducteur. Un concessionnaire agréé interroge la base constructeur en quelques secondes et vous dira si une campagne ouverte porte votre nom.
Les grandes plateformes de contrôle des rappels par VIN, alimentées par les autorités nationales, mettent souvent quelques semaines à intégrer une campagne lancée d’abord en Allemagne. Une absence de résultat en ligne ne vaut donc pas quitus. Mieux vaut appeler.
Un point pratique, souvent négligé : un rappel de sécurité n’a pas de date de péremption et ne dépend pas de la garantie. Une F30 de 2015 achetée d’occasion sans historique reste éligible à l’intervention gratuite, même si elle n’a jamais vu un atelier du réseau. Le propriétaire actuel n’a rien à justifier d’autre que la propriété du véhicule.
Ce que change ce rappel pour la cote de l’occasion
Peu de chose, en réalité. Le marché de l’occasion réagit aux rappels lourds sur des organes coûteux, moteur ou boîte, rarement à une intervention prise en charge sur un démarreur. À moyen terme, un exemplaire avec la campagne effectuée et tracée dans le carnet numérique vaut même un peu mieux qu’un modèle équivalent laissé de côté.
La vraie question se pose pour les Série 7 F01 et les premières F30, aujourd’hui dans une zone de prix où une immobilisation atelier pèse lourd face à la valeur résiduelle. Certains propriétaires seront tentés de laisser courir. Sur un risque d’incendie, l’arbitrage n’a pourtant rien d’un calcul.
En attendant, 189 130 propriétaires ont une bonne raison de décrocher leur téléphone cette semaine. Le VIN suffit.
