Version américaine, moteur reconstruit à neuf, 315 chevaux intacts après 30 ans. Cette M5 E34 n’est pas une voiture de collection comme les autres c’est un concentré de fureur bavaroise en parfait état de marche.

Vous vous souvenez des années 80 ? Pendant que les constructeurs français peaufinaient la Citroën XM et la Peugeot 605, et que le Président de la République roulait encore en Renault 25, BMW sortait la Série 5 E34. Rien à voir, objecterez-vous et vous auriez raison. Ce n’est même pas comparable. Car chez les Bavarois, on avait déjà une longueur d’avance : confier à la filiale Motorsport le soin de transformer cette nouvelle base en quelque chose d’absolument dévastateur.
L’objectif était limpide : concevoir la meilleure berline sportive du marché. Chez BMW, on ne se contente que du meilleur. Chez M, on y ajoute l’obsession. La cible ? Les amateurs de grosses berlines en Europe, et surtout les États-Unis, où la M5 allait devenir la voiture des traders de Wall Street et des producteurs d’Hollywood. Bref, la caisse du winner absolu de l’époque. La voiture que tout le monde voulait – et que personne n’avait les moyens de s’offrir.
Natürlich Sechs Zylinder
Soulever le capot de cette M5, c’est une leçon d’humilité pour la concurrence de l’époque. On y découvre un six cylindres en ligne de 3,5 litres développant 232 kW, soit 315 chevaux à replacer dans le contexte d’une fin de décennie où la Peugeot 605 SV24, qui ne sortirait qu’en 1993, peinait à atteindre 200 ch. Même la mythique Ferrari F40, le graal absolu de ces années-là, ne culminait qu’à 478 chevaux dans un bolide deux places à des années-lumière de la réalité quotidienne. Une M5 berline cinq places avec 315 ch sous le capot : en 1989, c’était une déclaration de guerre.
L’exemplaire que nous avons entre les mains est une version américaine, et à ce titre elle recèle une particularité mécanique précieuse : son moteur est le légendaire S38 B36, que les connaisseurs murmurent avec respect. Un peu d’histoire : le S38 a été initialement développé pour le marché nord-américain, avec des normes antipollution spécifiques, et devait constituer une alternative moins puissante au M88 des premières M5 européennes. Il finira par le remplacer définitivement après une augmentation de puissance en 1989. Dans sa déclinaison B36, la cylindrée grimpe à 3 535 cm³ grâce à une course augmentée de 2 mm et un vilebrequin en acier forgé. Le collecteur d’admission à longueur variable optimise le couple à bas régime, tandis que la gestion électronique Bosch Motronic a été entièrement revue. Un moteur de compétition glissé dans une berline de série.
« Cette version américaine dispose du six cylindres en ligne DOHC nommé S38 B36 par les connaisseurs. Un moteur taillé pour l’Amérique, mais dont l’âme reste résolument bavaroise. »
Une efficacité intacte
Ce qui surprend toujours quand on se glisse derrière le volant d’une BMW des années 80, c’est l’état de conservation des intérieurs. Les plastiques vieillissent fort bien mais surtout, tout fonctionne exactement comme au premier jour. La console orientée conducteur, les cadrans lisibles, les commandes de climatisation et de radio rationnelles : les années 80 avaient du bon, et BMW en avait tiré le meilleur. On notera également la sellerie en cuir noir référence « 0226 », sobre jusqu’à l’absence totale de fioriture.
Mettre le contact et reprendre la route en avril 1991 date de sortie d’usine de cet exemplaire n’est pas une métaphore. C’est une expérience physique. Sur cette génération de M5, le châssis est abaissé de 20 mm, les amortisseurs et les ressorts sont plus fermes de 25 % et reçoivent un correcteur d’assiette à l’arrière. Les barres antiroulis sont de plus grand diamètre que sur les Série 5 classiques : 25 mm contre 23 mm à l’avant, 18 mm contre 15 mm à l’arrière. La tenue de route est diabolique, le tangage contenu, et le feeling toujours aussi inimitable intact presque un quart de siècle plus tard.
« Ce qui surprend toujours quand on se glisse derrière le volant d’une BMW des années 80, c’est l’état de conservation des intérieurs. »
Un moteur refait entièrement
La voiture que Christophe Genevez, patron du garage éponyme, nous confie ce jour-là n’est pas sortie du garage sans un travail considérable au préalable. Le moteur a été entièrement reconstruit de A à Z : distribution, échappement, joints, courroies de distribution… et jusqu’à la pompe à eau, introuvable en neuf ou d’occasion pour ce modèle. Solution pragmatique trouvée par l’atelier : récupérer le corps de la pièce M5 original et l’associer à une pompe de E30, avec des roulements neufs. Joints et presse-étoupe ont suivi pour garantir l’étanchéité. Résultat : une M5 dotée d’un moteur en parfait état, à peine rodée au moment du reportage après 200 kilomètres parcourus post-reconstruction. La réputation du garage n’est plus à faire.
Importation américaine
Derrière cette M5 pas comme les autres se cache une histoire d’obsession tranquille. Son propriétaire actuel, Dridi Majdi, est un passionné de la première heure. « Je l’ai fait importer en France via un garage spécialisé dans l’importation de véhicules US. C’était une version américaine avec un carnet d’entretien tamponné jusqu’à 150 000 miles, comme l’indiquait le compteur. Je l’ai confiée à Christophe Genevez, qui m’a refait tout ce qu’il fallait faire », nous confie-t-il avec le calme de quelqu’un qui sait exactement ce qu’il possède.
Et ce qu’il possède est rare. « Je possède une petite dizaine de M5 de différentes époques, dans des versions assez rares. Je pense que je vais mettre celle-ci en vente d’ici quelques semaines », ajoute-t-il. Avis aux amateurs : cette M5 « Schwartz 2 » en référence à sa couleur noir intense pourrait bientôt changer de mains. Une opportunité exceptionnelle pour ce modèle dont les exemplaires authentiques et en état de marche se font chaque année plus rares.
Fiche technique – BMW M5 E34 (version US)
| Moteur | 6 cylindres en ligne S38 B36 – 3 535 cm³ (93,4 × 86 mm) – 315 ch à 6 900 tr/mn – 360 Nm à 4 750 tr/mn – 2 ACT – 24 soupapes – Injection Bosch DME M1.2 |
| Transmission | Propulsion – Boîte manuelle 5 vitesses |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freins | Disques ventilés aux quatre roues – ABS |
| Suspensions | Double pivot McPherson avant – Essieu multibras arrière – Châssis abaissé de 20 mm – Ressorts et amortisseurs +25 % de fermeté |
| Pneus | 235/45 R17 |
| Dimensions | L. 4,72 m – l. 1,75 m – H. 1,39 m |
| Poids | 1 730 kg |
| Performances | Vmax : 250 km/h – 0-100 km/h : 6,3 sec. – Km DA : 26 sec. |
