BMW 850CSi E31 : le grand tourisme V12 que le marché redécouvre

Des phares escamotables, un capot interminable et un V12 qui chuchote plutôt qu’il ne hurle. La BMW 850CSi E31 a longtemps vécu dans l’ombre de la Série 7 et de la future M3, alors qu’elle reste sans doute le grand tourisme le plus abouti jamais sorti de Munich au vingtième siècle.

BMW 850CSi E31 1996 argentée, coupé V12 à phares escamotables, vue de trois quarts avant
La BMW 850CSi E31, ici un exemplaire de 1996. Photo : Wikimedia Commons

Le coupé le plus ambitieux de la gamme 8 Series

Lancée au tout début des années 1990, l’E31 devait incarner le futur du grand coupé BMW, un rôle qu’elle a tenu avec un aplomb rarement égalé depuis. La version 850CSi, sommet de la gamme, embarque un V12 de 5,6 litres gonflé par rapport à la 850i classique, associé à une boîte manuelle à six rapports que BMW proposait alors comme argument de vente face à des rivales plus automatiques dans l’âme.

Le châssis, lui, cachait des solutions techniques en avance sur leur temps : direction assistée intégrale sur certaines versions, structure largement aluminium pour le capot et le hayon, et une aérodynamique travaillée pour stabiliser la caisse au-delà des 250 km/h. Sur le papier comme sur la route, la 850CSi visait clairement la Mercedes 600 SEC et la Porsche 928, sans jamais vraiment s’imposer commercialement face à elles.

Pourquoi elle n’a jamais eu la reconnaissance méritée

Le tarif de lancement, prohibitif pour l’époque, a considérablement freiné les ventes. BMW visait une clientèle très restreinte, plus habituée aux Série 7 qu’aux coupés sportifs, et le marché n’a jamais suivi au rythme espéré par la marque. Résultat : une carrière commerciale courte, des volumes de production confidentiels, et une notoriété qui est longtemps restée cantonnée aux cercles de passionnés les plus pointus.

La comparaison avec la génération actuelle est presque cruelle. La BMW M850i Gran Coupé d’aujourd’hui vend, elle, un V8 biturbo et quatre portes à une clientèle bien plus large, preuve que BMW a fini par trouver la bonne formule commerciale pour ce segment de grand tourisme, quitte à sacrifier une partie du caractère unique qui faisait la singularité de l’E31.

Un marché de la collection qui commence tout juste à réagir

Sur le marché des enchères, les choses bougent enfin. Lors des dernières ventes Historics, un exemplaire finition spéciale Techno Violet a franchi les enchères à un niveau qui aurait semblé complètement déraisonnable il y a encore cinq ans pour une 850CSi. Le signal est clair : les collectionneurs qui traquaient déjà les M3 E30 ou les Z3 M Coupé commencent à regarder du côté des grands coupés V12 des années 1990, longtemps délaissés au profit de modèles plus badgés M.

Cette bascule n’a rien d’isolé. Elle suit un mouvement plus large déjà observé sur d’autres BMW historiques, où la rareté et la mécanique d’exception finissent toujours par rattraper la cote, même après des décennies d’indifférence relative du marché. On retrouve la même dynamique du côté du Z3 M Coupé, longtemps considéré comme une curiosité de gamme avant de devenir l’un des shooting brakes les plus recherchés de la marque. Dans les deux cas, il aura fallu près de trois décennies pour que le marché reconnaisse enfin ce que les ingénieurs BMW avaient réussi à l’époque.

Reste que la 850CSi part avec un avantage sur beaucoup de classiques de collection : ses volumes de production ont toujours été faibles, ce qui limite mécaniquement l’offre disponible sur le marché de l’occasion. Moins de 1 700 exemplaires auraient quitté les chaînes selon les estimations les plus courantes chez les spécialistes de la marque, un chiffre à prendre avec précaution en l’absence de données consolidées officielles, mais qui suffit à expliquer la rareté croissante des exemplaires bien conservés.

Ce qui fait toujours son charme aujourd’hui

Au volant, la 850CSi surprend par sa capacité à combiner le confort d’une limousine et l’engagement d’un coupé sportif, sans jamais donner l’impression de choisir entre les deux. Le V12, en particulier, reste une expérience sensorielle à part : une sonorité feutrée à bas régime qui se transforme en une poussée linéaire et soyeuse une fois le compte-tours engagé, très éloignée de la brutalité qu’affichent aujourd’hui les moteurs suralimentés modernes.

Les phares escamotables, devenus impossibles à homologuer sur une voiture neuve depuis des années, ajoutent à ce charme d’époque une dimension presque nostalgique. Ils rappellent une période où BMW pouvait encore se permettre des choix stylistiques audacieux sans se soucier des normes de protection des piétons qui ont depuis rebattu les cartes du design automobile.

Un achat de passionné, pas un placement facile

Reste que l’achat d’une 850CSi aujourd’hui demande de la prudence. L’électronique embarquée, avancée pour son époque, vieillit parfois mal et certaines pièces spécifiques au V12 restent chères à sourcer. Mieux vaut viser un exemplaire suivi avec un historique d’entretien complet plutôt que de céder à la tentation d’un prix d’appel trop alléchant sur une mécanique de cette complexité. Un choix de cœur, clairement, mais qui commence enfin à se justifier aussi sur le plan financier.

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