Aucune BMW de série n’a jamais porté trois lettres : M7. Munich a esquissé le projet plusieurs fois en interne, sans jamais le lancer. ALPINA, elle, ne s’est pas gênée. Entre 1999 et 2001, la maison de Buchloe a construit moins de 100 exemplaires d’une Série 7 E38 poussée à un niveau que BMW n’a jamais osé atteindre elle-même : la B12 6.0.

L’exemplaire qui a servi de base à cet essai rétro porte le numéro de production 005. Robe bleu métallisé, jantes ALPINA à valves cachées, livrée « Fischer Ski » enveloppant la carrosserie, 135 000 km au compteur. Une plaque en bois de loupe sert de certificat d’origine, vissée dans l’habitacle : « ALPINA B. Bovensiepen GmbH + Co, Production of Exclusive Automobiles. » Le genre de détail qu’on ne trouve plus sur une voiture de série.
Un V12 porté à 6 litres, sans turbo
Le point de départ, c’est le M73 de BMW, un V12 atmosphérique de 5,4 litres. ALPINA en a porté la cylindrée à 6,0 litres et fait grimper la puissance à 316 kW, soit 430 ch. La version précédente, la B12 5.7, plafonnait à 387 ch. Le couple suit : 600 Nm, disponibles sans électrification, sans downsizing, sans artifice électronique.
La boîte reste une ZF cinq rapports. Pilotable via le levier central ou, fait rare pour l’époque, directement au volant grâce au système Switch-Tronic. En pratique, personne n’en avait vraiment besoin. Le V12 tire fort dès le milieu du compte-tours, sans avoir à jouer du rapport.
Moins de 6 secondes, et un compteur qui exagère
0 à 100 km/h en moins de six secondes. Vitesse maximale réelle : environ 290 km/h, malgré un compteur gradué jusqu’à 330. La marge sert surtout à impressionner le passager du siège avant. À 220 000 marks au lancement, une addition qui grimpait vite avec les options ALPINA, la B12 6.0 coûtait déjà une fortune. Et elle roulait un peu moins vite que ce cadran fanfaron ne le laissait croire.
Sur autoroute allemande, la comparaison qui revenait souvent à l’époque : une Porsche 993 Turbo ou une Ferrari F355 ne décrochent pas la B12 en pleine charge. Sauf qu’à leur bord, le moteur hurle passé 250 km/h. Dans la B12, le conducteur entend surtout le vent. Et, sur certains exemplaires bien équipés, Mozart sur la sono Harman Kardon plutôt que le souffle du V12.
Confort d’abord, sportivité quand même
Direction assistée Servotronic, suspension adaptative finement calibrée, jantes 20 pouces en 245 à l’avant et 275 à l’arrière : la fiche technique ne ment pas sur les intentions. Ce n’est pas une dévoreuse de circuit. Un long-courrier d’autoroute, pensé pour avaler les kilomètres sans fatigue, même si le poids se fait sentir dès que la route se met à tourner.
À bord : cuir Merino gris, sellerie retravaillée par les artisans ALPINA de Buchloe, système de navigation Philips Carin (dépassé aujourd’hui, mais dans l’air du temps en 1999), quatre sorties d’échappement à l’arrière et de discrets liserés ALPINA plutôt que le lettrage habituel. Pas de sièges massants, pas de dossiers arrière individuels. Le luxe version B12 reste sobre. Presque discret pour une voiture aussi rare.
Combien coûte une B12 aujourd’hui
Trouver un exemplaire propre relève du sport. Beaucoup sont partis aux États-Unis ou au Japon à l’époque. Comptez au moins 110 000 euros pour une voiture bien entretenue et peu kilométrée (moins de 125 000 miles, historique complet), et à partir de 70 000 euros pour un exemplaire plus fatigué. Peu de choix, donc, et une bonne dose de patience pour qui espère la bonne affaire.
ALPINA, aujourd’hui filiale BMW à 100 %
Depuis 2022, ALPINA appartient à BMW Group. La marque de Buchloe a présenté son concept Vision BMW ALPINA à Villa d’Este, préfigurant les premiers modèles produits sous cette nouvelle organisation : des versions exclusives de Série 7 et X7, attendues fin 2027. Est-ce qu’une héritière directe de la B12 verra le jour sous cette bannière ? Rien ne l’indique pour l’instant. Mais l’idée d’un grand V12, ou son équivalent électrifié, affichant un cadran survitaminé sur une Série 7 moderne ferait sourire plus d’un puriste bavarois.
Deux philosophies berlines allemandes de la même décennie valent la comparaison : celle, compacte et féroce, de notre essai rétro de la M5 E34, face à celle, imposante et soyeuse, de la B12. Et la Série 7 phase 2 actuelle, avec ses 720 km d’autonomie en version électrique, montre à quel point le grand vaisseau amiral bavarois a changé de moteur, sinon d’ambition.
