La Série 8 s’en va, et BMW a choisi de la saluer en couleurs. La M850i Edition M Heritage, série limitée à 500 exemplaires annoncée en août 2025, vit en ce moment ses derniers actes commerciaux : la Corée du Sud reçoit ses 49 voitures le 9 juin, vendues en ligne à 156,6 millions de wons, environ 102 000 dollars. Après elle, plus de grand coupé GT au catalogue bavarois.
Cinq teintes venues de l’E31
Tout le sel de cette édition tient dans sa palette. Bright Red, Daytona Violet, Mauritius Blue, Oxford Green et Cosmos Black : cinq couleurs directement reprises du nuancier de la Série 8 originelle, l’E31 de 1989. Le Daytona Violet, resté dans les mémoires sur les M3 E36, fait son retour sur une carrosserie longue de presque cinq mètres. En Corée, trois voitures seulement sont configurées en Bright Red. Autant dire des pièces de collection avant même la première immatriculation.

Le reste de la dotation suit la logique des belles fins de série : jantes 20 pouces 895 M à double rayon bicolores, seuils de porte spécifiques M Heritage Edition, cuir Individual Merino noir rehaussé d’Alcantara et de surpiqûres en losange. L’Alcantara grimpe jusqu’au ciel de pavillon, aux contre-portes et à la planche de bord.
Le timing coréen n’est pas anodin non plus. Le marché local reste l’un des plus gros débouchés mondiaux pour les BMW haut de gamme, et les ventes en ligne chronométrées y tournent au sport national : les précédentes éditions limitées de la marque s’y sont arrachées en quelques heures, parfois en quelques minutes.
L’E31, la référence qui hante la G16
Pour comprendre cette édition, il faut remonter à 1989. La Série 8 E31 débarque au salon de Francfort avec un V12, des phares escamotables et une ambition folle : prouver que BMW sait faire un grand tourisme de prestige. Suivront la 850CSi musclée par Motorsport et un prototype M8 de plus de 550 ch que la direction n’osera jamais commercialiser. Environ 30 000 exemplaires sortiront des chaînes jusqu’en 1999.
Un échec commercial à l’époque. Une icône aujourd’hui, dont les CSi bien conservées s’échangent à des tarifs qui font sourire les premiers acheteurs. C’est exactement ce nuancier, le Daytona Violet en tête, que l’Edition M Heritage vient puiser. BMW connaît la mécanique de la nostalgie : elle vend.
530 ch et aucun compromis
Techniquement, l’Edition M Heritage reprend la M850i xDrive sans la toucher. Le V8 4.4 biturbo développe 530 ch et 750 Nm, le 0 à 100 s’expédie en moins de 4 secondes, et la transmission intégrale assure la motricité par tous les temps. Ce n’est pas une M8, et ce n’est pas le sujet. La M850i a toujours été la proposition la plus cohérente de la gamme : assez rapide pour tout, assez confortable pour traverser l’Europe d’une traite.
Le V8 reste, le modèle part
Sous le capot, rien ne change. Le 4.4 litres biturbo de 530 ch et 750 Nm, associé au xDrive, expédie le coupé GT bien au-delà de ce que la raison exige. C’est peut-être ça, le vrai message de cette édition : la Série 8 n’a jamais démérité techniquement. Elle a simplement souffert d’un positionnement coincé entre une Série 7 toujours plus technologique et des M plus radicales.
Lancée en 2018 pour ressusciter l’aura de l’E31, la génération G14/G15/G16 n’aura pas trouvé son public en volume. La production s’arrête cet été, sans descendance directe annoncée.
La méthode n’est pas isolée. BMW multiplie les éditions de clôture depuis deux ans, du Z4 au M3 manuel, et le schéma se répète : une dotation soignée, des teintes historiques, un volume fermé, et une communication qui assume la fin. Les concessionnaires en redemandent, ces voitures ne restent jamais longtemps en stock. Pour le client, l’équation est différente : payer une prime sur un modèle en fin de vie, ou viser le même millésime en configuration standard à tarif plus doux. Question de tempérament.
Un mot sur la diffusion : les 500 exemplaires se répartissent entre l’Amérique du Nord, annoncée dès août 2025, et une poignée de marchés asiatiques dont la Corée. L’Europe, elle, regarde passer le train. Les amateurs du Vieux Continent devront passer par l’import parallèle, avec les surcoûts qui vont avec.
Une fin d’époque qui s’accélère
Ce départ s’ajoute à une liste qui s’allonge vite à Munich. Le Z4 a tiré sa révérence avec sa Final Edition, la M3 manuelle disparaîtra en février 2027, et les silhouettes thermiques de niche cèdent une à une leur place aux architectures Neue Klasse. Les 500 exemplaires de l’Edition M Heritage cochent toutes les cases de la future cote de collection : série limitée, teintes historiques, V8, et statut de dernière du nom.
Les spéculateurs l’ont déjà compris. Les passionnés aussi, et c’est tant mieux : une Série 8 Oxford Green mérite de rouler, pas de dormir sous une housse en attendant une plus-value.
