BMW M5 E28 : la works de 1986 refait surface au Mans

Châssis 35863173. Une BMW M5 E28 bleu foncé, garée dans le paddock du Mans Classic Legend au début du mois de juillet. Elle n’a plus disputé la moindre course depuis 1986. Et elle porte encore sa peinture d’époque.

BMW France passe à l’offensive en 1986

L’histoire commence un an plus tôt. BMW France engage des M535i dans le Championnat de France de Production, apprend, encaisse. Pour 1986, la filiale revient en constructeur officiel avec la M5, la vraie, celle que Munich vient de lancer sur base E28.

Trois voitures sont confiées à Oreca. Hugues de Chaunac et son équipe s’attaquent au défaut principal de la berline : trop de masse sur le train avant. Réservoir d’essence, réservoir d’huile et pompes migrent vers l’arrière. BMW Motorsport fournit une coque renforcée, habillée de panneaux en polyester partout où le règlement le permet. Seule exception, la porte avant gauche, qui doit rester en acier.

BMW M1 Procar en livrée BMW Motorsport blanche bleue et rouge, vue de trois quarts arrière avec son aileron Group 4
Une BMW M1 Procar, autre pièce du patrimoine course BMW présente au Mans Classic.

Un M88 de 470 chevaux signé Pipo

Le moteur est confié à Pipo Moteurs. Le six-cylindres M88, celui-là même qui équipait la M1, reçoit une injection Kugelfischer et développe environ 470 ch. De quoi transformer une berline de direction en arme de circuit.

Trois pilotes se partagent les voitures : Marc Sourd, Bernard Béguin et Olivier Grouillard. C’est ce dernier qui ouvre la saison par une victoire à Nogaro. Elle restera la seule de l’année, malgré une place dans les sept premiers au championnat.

Grouillard a 27 ans à l’époque. Déjà champion de France de Formule 3, il signera chez Ligier en Formule 1 trois saisons plus tard.

Trente-neuf ans d’immobilité

Après 1986, la voiture s’arrête. Elle ne reprend jamais la piste en compétition. Elle ne passe pas non plus entre les mains d’un restaurateur zélé : sa carrosserie porterait encore sa peinture d’origine, avec les traces d’usage qui vont avec. Seule la mécanique a été remise en état.

C’est cette retenue qui rend l’objet précieux. Les M5 E28 de course survivantes se comptent sur les doigts d’une main, et la plupart ont été repeintes trois fois. Celle-ci a simplement attendu.

1986, année double

La coïncidence n’a échappé à personne au Mans. Pendant que cette M5 gagnait à Nogaro sous les couleurs de BMW France, Munich lançait la M3 E30. Deux exercices d’homologation menés la même année par le même département compétition, l’un pour une berline de luxe, l’autre pour une compacte destinée au Groupe A.

Quarante ans plus tard, la M3 fête son anniversaire un peu partout, de Goodwood à Monterey. Nous en parlions dans notre article sur les six générations de M3 réunies à Monterey. La M5 de 1986, elle, n’a droit à aucune célébration officielle. Elle était simplement là.

Le Mans Classic change de peau

L’événement lui-même a évolué. Peter Auto et l’ACO ont scindé Le Mans Classic en deux formats alternés. Les années impaires accueillent Le Mans Classic Heritage, réservé aux voitures d’avant 1975. Les années paires reçoivent Le Mans Classic Legend, qui couvre de l’ère turbo jusqu’à 2015.

La première édition Legend s’est tenue du 2 au 5 juillet 2026, avec BMW comme partenaire officiel. Sur le stand constructeur : le M Concept Neue Klasse et des M3 CS Touring. Dans les paddocks clubs : des E9, des E24, des E31, des M1, des Z3 et des Z4. Sur la piste, une M1 Procar en livrée Alpina, un Osella PA8 à moteur BMW M12/7 et une Z4 GT3.

Difficile de faire plus complet. Reste une question que personne n’a osé poser au Mans : que deviendra ce châssis 35863173 ? Il est passé par la tente d’enchères Artcurial. Espérons que son prochain propriétaire aura le bon goût de ne rien repeindre.

Pourquoi cette M5 compte

La M5 E28 n’a jamais eu de carrière officielle en compétition. Munich l’avait conçue comme une berline de route, la première du genre à recevoir un moteur de supercar, et n’a monté aucun programme d’usine international autour d’elle. Les seules M5 de course de cette génération sont donc des initiatives de filiales nationales, montées avec des moyens locaux.

Cela rend le châssis 35863173 doublement rare. Rare parce que peu d’exemplaires ont existé. Rare surtout parce qu’il n’a pas été modifié depuis, alors que la plupart des voitures de course survivantes ont traversé trois vies, deux propriétaires collectionneurs et autant de restaurations.

Oreca, l’autre nom de l’histoire

Confier trois M5 à Oreca en 1986 n’était pas un choix anodin. L’écurie de Signes travaillait déjà pour plusieurs constructeurs et avait la réputation de savoir transformer une berline de série en machine viable sur circuit. Le déplacement des masses vers l’arrière, le travail sur la répartition et l’allègement en polyester relèvent d’un savoir-faire d’atelier plus que de laboratoire.

Quarante ans plus tard, Oreca construit des LMP2 et prépare des prototypes hypercar. Le fil ne s’est jamais rompu, et voir une de ses premières préparations BMW réapparaître au Mans a quelque chose de logique.

Ce qu’il reste à faire pour la voir rouler

La voiture a bénéficié d’une remise en état mécanique. Le M88, l’injection Kugelfischer et la transmission ont été remis en fonctionnement, sans que la carrosserie ne soit touchée. Sur le papier, rien n’empêcherait donc une participation à un plateau historique.

Reste la question de l’usage. Engager une voiture dont la valeur tient précisément à son état d’origine revient à accepter de la dégrader au premier contact. Le marché des BMW de course historiques a d’ailleurs fortement progressé, comme nous l’observions dans notre suivi des enchères de BMW rares. Plus la cote monte, moins ces voitures roulent.

La M5 E28 côté série

Pour mémoire, la M5 de route de 1985 recevait le M88/3 de 286 ch, monté à la main à Garching sur une caisse de Série 5 sans le moindre signe extérieur, ou presque. Elle a inventé une catégorie que la M5 E34 puis la E39 ont ensuite popularisée. Nous avons pris le volant de la génération suivante dans notre essai de la M5 E34.

Voir la version course de la toute première M5 ressortir d’un garage quarante ans après remet cette filiation en perspective. Elle n’a gagné qu’une seule fois. Cela lui suffit.

Source : BMWBLOG (2 août 2026).

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