Le camouflage tombe, petit à petit. De nouvelles photos volées publiées le 16 septembre montrent un prototype de la future BMW M3 G84 en essais, et le détail qui saute aux yeux n’est ni un aileron ni une jante : c’est le capot. Nettement plus long que celui du prototype M3 électrique ZA0 déjà aperçu sur les mêmes routes d’essai.
Un capot taillé pour le six cylindres
La raison tient en un mot : mécanique. Là où la M3 électrique ZA0 loge ses moteurs au plus près des essieux, la version thermique G84 doit continuer d’accueillir un six cylindres en ligne turbocompressé à l’avant. D’où cette avant-caisse à rallonge, associée à des ailes sensiblement plus larges que celles de la nouvelle M350 xDrive, la version sportive de la Série 3 G50 qu’on avait déjà testée en mode drift il y a une semaine.
Les phares, eux, empruntent le graphisme des feux de jour de l’i3 Neue Klasse. Signature familiale oblige, même sur la M la plus attendue de la gamme.
Étriers jaunes, échappements resserrés : les indices qui comptent
Les repéreurs ne s’y trompent pas. Sur les clichés, les étriers de frein jaunes trahissent la présence de freins M Carbon Ceramic en option, une habitude bien connue chez les BMW M les plus affûtées. Les sorties d’échappement, elles, sont rapprochées du centre du bouclier, une disposition différente de celle de la M350. Un toit vitré panoramique est également pressenti, en option toujours.

Le S58 évolue, la puissance de base ne s’envole pas
Sous le capot rallongé, on retrouve le bloc S58 biturbo 3,0 litres, mis à jour. BMW devrait y intégrer sa technologie d’allumage par préchambre M Ignite, déjà réservée aux versions les plus pointues du moteur, pour passer la norme Euro 7. Un système hybride léger 48V est évoqué pour grappiller quelques chevaux supplémentaires. Rien d’extravagant n’est en revanche attendu sur la version de base : pas de saut de puissance majeur annoncé pour l’instant.
Pour situer les enjeux, la M350 xDrive développe déjà 443 ch (443 PS en cycle européen) et 580 Nm, de quoi dépasser la précédente génération de M3, la F80. La future G84 devra donc creuser un écart net pour continuer de justifier son statut au sommet de la gamme M compacte. On avait pris le volant de l’actuelle M3 CS Handschalter il y a quelques semaines : le niveau de référence est déjà haut.
La préchambre M Ignite n’est pas une inconnue pour les initiés. La technologie équipait déjà les versions les plus poussées du S58 sur les derniers modèles M Performance CS, avant de gagner du terrain pour des raisons d’homologation plutôt que de puissance pure. Sur la G84, son rôle sera d’abord réglementaire : faire rentrer un six cylindres biturbo dans les clous Euro 7 sans sacrifier le caractère mécanique qui fait la réputation du moteur depuis la génération F80.
Neuf générations d’écart, une seule obsession
Depuis l’E30 originelle de 1986, chaque génération de M3 a dû justifier son existence face à la précédente. La G84 hérite d’une contrainte inédite : coexister avec sa propre version électrique, sortie de la même plateforme Neue Klasse mais pensée pour un public différent. BMW n’a jamais eu à vendre deux philosophies de M3 en parallèle. Le M Concept Neue Klasse, dévoilé sur circuit en configuration Monza Red, esquissait déjà cette double lecture : une carrosserie commune, deux âmes mécaniques.
La concurrence n’a pas ce problème, ou pas encore. L’Audi RS4 et la Mercedes-AMG C63 restent, pour l’instant, engagées sur une seule voie technique à la fois. BMW mise sur le fait que les acheteurs sauront choisir leur camp sans se fragmenter.
Deux M3 pour deux mondes, dès 2027
Le calendrier se précise. La M3 électrique ZA0 doit arriver en 2027, un an avant la version essence G84, programmée pour 2028. Entre les deux, l’actuelle M3 G80 restera commercialisée, au moins jusqu’en 2027. Du jamais-vu pour la berline sportive munichoise : trois générations de M3 vendues en simultané, le temps d’une transition.
Reste une question de fond. Les amateurs de M3 ont depuis longtemps un rapport quasi religieux à la boîte manuelle, comme le rappelle régulièrement le débat autour de la SMG II de l’E46. Sur une architecture pensée à l’origine pour l’électrique, combien de temps la boîte mécanique tiendra-t-elle encore au catalogue de la G84 ?
Une chose est sûre : la cohabitation prochaine entre G80, ZA0 et G84 va compliquer le choix des futurs acheteurs, mais elle devrait aussi soutenir la cote de l’actuelle génération thermique une fois sa production arrêtée. Les collectionneurs ont déjà pris l’habitude de surveiller ce genre de bascule sur les M3 précédentes. Celle-ci ne devrait pas faire exception.
