Du 18 au 20 septembre, Goodwood remonte le temps. BMW Group Classic y engage une 1800 TiSA dans le St Mary’s Trophy, avec Steve Soper au volant. Le rendez-vous britannique reste l’un des rares endroits où l’on voit ces berlines des années 60 se battre pour de vrai.
Trois jours, quinze courses, une ambiance à part
Le Revival se tient sur le circuit de Goodwood, dans le Sussex, et impose une règle simple : tout ce qui roule doit être conforme à la période 1948-1966, année de fermeture du circuit à la compétition. Public compris, puisque la tenue d’époque fait partie du contrat moral. Quinze courses sont au programme cette année.
Le thème 2026 s’intitule La Dolce Vita, hommage au style italien des années 50 et 60. Une orientation qui laisse la part belle aux Alfa, Lancia et autres Abarth. Raison de plus pour suivre ce que font les Bavaroises au milieu de ce décor.
La 1800 TiSA, une berline de course déguisée
Il faut replacer la voiture dans son époque. Au début des années 60, BMW sort à peine d’une quasi-faillite. La gamme Neue Klasse, lancée avec la 1500 en 1961, sauve l’entreprise. La 1800 TI en est la déclinaison sportive, et la TiSA sa version radicale.
Les initiales SA signifient Sonderausführung, exécution spéciale. Concrètement : deux carburateurs Weber double corps à la place du montage d’origine, taux de compression relevé, culasse retravaillée, boîte cinq rapports, freins renforcés. Environ 200 exemplaires sortis d’usine en 1965, réservés à des clients titulaires d’une licence de course. BMW ne voulait pas voir ces voitures finir chez n’importe quel acheteur.

Sur la piste, ces berlines ont mené la vie dure aux Lotus Cortina et aux Alfa GTA en championnat européen de tourisme. Elles ont surtout posé les bases de ce que BMW allait devenir : un constructeur dont l’image sportive repose sur des berlines, pas sur des coupés exotiques.
Steve Soper, le bon pilote au bon endroit
Le choix du pilote n’a rien d’un hasard. Steve Soper a passé l’essentiel de sa carrière au volant de BMW de tourisme, du championnat britannique au DTM en passant par les 24 Heures de Spa et du Nürburgring. Il fait partie de la poignée de pilotes que le public de Goodwood vient voir spécifiquement.
Le St Mary’s Trophy est réservé aux berlines de production d’avant 1966. C’est souvent la course la plus spectaculaire du week-end : carrosseries hautes, roues arrière qui décollent en appui, pilotes chevronnés qui se frottent sans ménagement dans des voitures qui valent une fortune.
BMW Group Classic, un service qui fait rouler ses archives
Le département munichois ne se contente pas de conserver. Il engage, entretient et fait piloter sa collection tout au long de la saison, de la Villa d’Este à Goodwood en passant par Monterey. Cette approche a un coût, mais elle maintient un lien concret entre la marque et son passé.
On l’a vu cet été avec le retour au Mans de la M5 E28 works de 1986, ou avec les célébrations des 40 ans de la M3 à Monterey. Même logique à Goodwood : sortir les voitures du musée et les remettre là où elles ont été conçues pour aller.
Ce qu’il faut surveiller ce week-end
Le circuit, les virages, le spectacle
Goodwood Motor Circuit fait un peu moins de quatre kilomètres et n’a quasiment pas changé depuis 1948. Pas de dégagements asphaltés généreux, pas de vibreurs modernes : de l’herbe, des talus et des barrières. C’est ce qui rend les courses si tendues à regarder, et si exigeantes pour les pilotes.
Madgwick, Fordwater, Lavant et Woodcote se prennent à vue, sans repère de freinage tracé au sol. Sur une berline des années 60 aux pneus étroits et à la caisse haute, la trajectoire se corrige au volant et à l’accélérateur en permanence. La 1800 TiSA, avec son moteur souple et sa boîte cinq rapports, y est à son affaire.
Ce que Goodwood dit de BMW aujourd’hui
Il y a une cohérence à voir BMW engager une berline Neue Klasse de 1965 l’année où la marque déploie sa nouvelle génération portant le même nom. La 1800 TiSA appartient à la famille de voitures qui a sauvé l’entreprise, celle qui a inventé la berline sportive allemande accessible.
Soixante ans plus tard, le pari est du même ordre : une architecture neuve, un changement d’énergie, un risque industriel assumé. Goodwood n’est pas seulement un week-end nostalgique. C’est aussi un rappel que BMW a déjà réussi ce genre de virage.
Au-delà de la 1800 TiSA, le plateau britannique réserve souvent de belles surprises côté BMW : 700 en course de côte, 507 dans les enclos, 3.0 CSL engagées par des équipes privées. Goodwood attire aussi les préparateurs et les collectionneurs qui profitent de l’événement pour dévoiler leurs projets, comme Kith l’a fait avec ses 3.0 CSi et M6 en Inka Orange.
Si vous n’y êtes pas, les qualifications et les courses sont diffusées sur les canaux officiels de Goodwood. Et si vous y êtes, une chose : allez écouter un 1800 TiSA à plein régime dans Madgwick. Il n’y a pas d’équivalent moderne.
