Inka Orange a disparu des nuanciers BMW au milieu des années 70. Ronnie Fieg l’a ressorti du placard pour les quinze ans de Kith, et l’a appliqué sur deux coupés que quatre décennies séparent. Une 3.0 CSi de 1972 et une M6 E24 de 1987. Aucune des deux n’est à vendre.
Quatrième chapitre, quinzième anniversaire
Kith et BMW en sont à leur quatrième collaboration. Les précédentes avaient déjà installé une grammaire chromatique : le Cinnabar Red de la M3 E30, le Vitality Green créé par Kith, le rare Techno Violet. L’Inka Orange rejoint cette palette et sert de fil conducteur à toute la collection 2026, présentée samedi 15 août lors d’un panel sur invitation avec Ronnie Fieg, en marge de la semaine de Monterey où Kith a aussi dévoilé un X5 G65 unique.
La logique est constante d’un chapitre à l’autre : les voitures ne sont pas des produits, elles sont le point de départ du reste. Le textile, les accessoires et les objets découlent de la teinte et des matières choisies pour les deux coupés.
La 3.0 CSi, restauration châssis nu
La CSi est partie d’une voiture donneuse. Démontage intégral, carrosserie mise à nu jusqu’au métal, traitement KTL par cataphorèse, peinture, puis remontage. La méthode est celle d’une restauration lourde, pas d’un simple rafraîchissement esthétique.
Le point remarquable est ailleurs : Fieg et BMW ont puisé dans les archives du constructeur pour les pièces mécaniques. Le six-cylindres en ligne M30, la boîte, le pont arrière, les suspensions et les freins sont d’origine BMW. Les compteurs ont été restaurés, les boiseries refaites. À l’intérieur, du cuir caramel avec le monogramme Kith gaufré.

La M6 E24, sur rotisserie
La M6 de 1987 a subi le même sort, en plus radical encore : restauration sur rotisserie, carrosserie décapée jusqu’au métal, reconstruction autour du S38. La boîte manuelle Getrag à cinq rapports, le différentiel, les suspensions et les freins sont ceux de la voiture. Les jantes sont des BBS Style 5 d’origine.
L’habitacle reprend exactement le traitement de la CSi. Même cuir caramel, même monogramme. C’est ce qui donne sa cohérence au duo : deux générations de grand tourisme allemand, quinze ans d’écart, une seule identité visuelle.
Le choix des modèles n’est pas anodin. Le coupé E9 et le coupé E24 forment une lignée directe. L’un a donné la 3.0 CSL et sa Batmobile, l’autre a servi de base à la première M6. Ensemble, ils racontent la façon dont BMW a inventé son idée du coupé rapide et confortable, celle qui a fini par produire des engins comme la 850CSi E31.
Pourquoi l’Inka Orange
La teinte n’a pas été choisie au hasard. L’Inka Orange fait partie de ces couleurs vives que BMW proposait au tournant des années 70, à une époque où le nuancier ne se limitait pas à quatre gris et un blanc. On la trouvait sur les 2002, sur les E9, sur les premières Série 3 E21. Elle a disparu au milieu de la décennie, victime du virage vers des teintes plus sages.
Le rappel est intéressant à un moment où la question des couleurs revient dans le débat automobile. BMW Individual propose aujourd’hui des teintes historiques à la carte, et les configurateurs des séries limitées M jouent volontiers sur cette corde nostalgique. Kith fait la même chose, avec les moyens d’une marque de mode : reprendre un code visuel oublié et le remettre en circulation.
Reste que sur une carrosserie E9, avec ses chromes fins et sa surface de vitrage généreuse, l’orange fonctionne autrement que sur une voiture moderne. Les volumes des années 70 étaient dessinés pour ces couleurs.
Ce qu’il y a autour
La collection textile sort mondialement le 17 août. Au-delà des vêtements, Kith a produit un assortiment d’objets assez large : désodorisants pour voiture, vide-poches, mugs en céramique, porte-plaque d’immatriculation cobrandé, tapis de sol compatibles X5, serviette jacquard, plaid tapisserie, une série de posters, des bandanas en soie et des casquettes.
Un modèle réduit détaillé de la 3.0 CSi en Inka Orange complète l’ensemble. Pour ceux qui ne pourront jamais approcher l’originale, ce sera le seul moyen d’en poser une sur une étagère.
Deux voitures qui ne rouleront pas beaucoup
Ni la CSi ni la M6 ne seront proposées à la vente. Elles resteront la propriété de Ronnie Fieg et joueront le rôle de pièces manifestes, exposées à l’occasion. C’est la règle des chapitres Kith depuis le début, et elle a l’avantage d’éviter toute confusion sur la nature du projet.
On peut discuter du principe. Restaurer deux classiques dans une teinte historique pour lancer une ligne de sweat-shirts, c’est un usage particulier du patrimoine. Mais il faut reconnaître que le travail mécanique a été mené sérieusement, avec des pièces d’archives BMW et des restaurations complètes, là où beaucoup se seraient contentés d’une peinture et de jantes. Et pendant que la M3 fêtait ses quarante ans à quelques kilomètres de là, ces deux coupés rappelaient qu’avant la M3, BMW savait déjà faire des voitures qu’on n’oublie pas.
Reste une question : combien de temps avant que quelqu’un commande une Neue Klasse en Inka Orange ?
