MKO E9 CS : le restomod qui a réinventé la 3.0 CSL avant BMW

Quand BMW a ressuscité la 3.0 CSL en 2022, 50 exemplaires à prix d’or, l’idée semblait inédite : greffer la mécanique M la plus affûtée du moment dans une silhouette inspirée du coupé E9. Sauf qu’un artisan l’avait fait avant Munich. Le MKO E9 CS, actuellement aux enchères sur Bring a Trailer, marie une carrosserie d’E9 CS authentique à la mécanique complète d’une M5 E39. Les offres dépassaient 42 000 € le 5 juin, à six jours de la clôture, selon BMWBlog.

Un S62 dans un costume de 1970

Le choix du donneur force le respect. La M5 E39 reste pour beaucoup la meilleure berline M jamais produite, et son V8 S62 de 4,9 litres en est le cœur : 400 ch officiels, et 431 ch relevés au banc sur cet exemplaire précis d’après la fiche du vendeur. Un atmosphérique rageur, sans turbo ni filtre, dans une caisse qui pèse plusieurs centaines de kilos de moins que la berline d’origine.

BMW 3.0 CSi E9, coupé classique des années 1970
Le coupé E9, base du MKO CS. Photo : Wikimedia Commons

L’E9, produit de 1968 à 1975, n’a jamais été pensé pour encaisser une telle cavalerie. Tout l’intérêt d’un restomod sérieux se joue là : trains roulants, freinage et rigidité doivent suivre. La transplantation de la mécanique E39 complète, plutôt qu’un simple échange moteur, répond précisément à cette logique.

L’E9, un coupé taillé pour la légende

Petit rappel pour situer la base. L’E9 naît en 1968 avec la 2800 CS, carrosserie dessinée et assemblée chez Karmann à Osnabrück. Les 3.0 CS et CSi suivent en 1971, avec le six cylindres M30 qui chante comme peu de mécaniques de l’époque. Puis vient la CSL de 1972, allégée pour l’homologation en course : capot et portes en aluminium, vitres fines, et ce fameux kit aérodynamique livré dans le coffre pour contourner l’homologation routière allemande.

En compétition, la Batmobile écrase le championnat d’Europe des voitures de tourisme, six titres entre 1973 et 1979. C’est elle qui installe durablement BMW dans l’imaginaire sportif européen, avant même la première M1. Un E9 sain se négocie aujourd’hui entre 40 000 et 100 000 € selon l’état et la version, les CSL authentiques s’envolant bien au-delà des 200 000 €.

Greffer la mécanique d’une M5 E39 dans cette carrosserie, c’est donc réunir deux sommets de l’histoire BMW séparés par trois décennies. Sur le papier, le mariage paraît évident. Dans un atelier, il représente des centaines d’heures de travail sur les supports moteur, le tunnel de transmission, le circuit électrique et le refroidissement.

La Batmobile en ligne de mire

Impossible de regarder un E9 modifié sans penser à la 3.0 CSL de 1972, la fameuse Batmobile, ses ailerons et ses victoires en championnat d’Europe des voitures de tourisme. C’est cette filiation que BMW a réactivée en 2022 avec sa CSL moderne. Le MKO joue sur le même registre, avec une approche plus discrète : pas d’aileron démesuré, juste la ligne intemporelle du coupé de Karmann et une sonorité de V8 M.

BMW 3.0 CSL Batmobile 1975 en livrée Jägermeister orange
La 3.0 CSL Batmobile, référence absolue des E9 de course. Photo : Calreyn88 / Wikimedia Commons

Le canal de vente raconte aussi quelque chose. Bring a Trailer s’est imposé comme le thermomètre mondial des youngtimers et des préparations sérieuses : photos exhaustives, historique documenté, questions publiques des enchérisseurs. Pour un restomod unique, sans cote de référence, ce format d’enchère ouverte est le seul moyen honnête de découvrir le prix du marché. Les 42 000 € relevés à mi-parcours ne préjugent de rien, l’essentiel d’une enchère BaT se jouant traditionnellement dans les dernières minutes.

Pour qui rêve de se lancer dans un projet similaire, deux points de vigilance. La corrosion d’abord : les E9 rouillent partout, planchers, ailes, baie de pare-brise, et une caisse saine vaut mieux qu’un moteur prestigieux. La documentation ensuite : un restomod sans dossier photo complet de la transplantation perdra toujours à la revente face à un travail tracé. Le MKO coche cette seconde case, et c’est en partie ce qui explique l’intérêt des enchérisseurs.

Notez le contraste avec les restomods industrialisés : ici, pas de petite série ni de catalogue d’options, juste un exemplaire unique construit par passion puis remis au marché. C’est la forme la plus pure, et la plus risquée, de l’exercice. L’acheteur n’achète pas une marque, il achète un travail.

Le restomod BMW change de dimension

Ce passage aux enchères confirme une tendance que nous suivons de près. Après la E30 M3 réinventée par Redux Leichtbau, facturée plusieurs centaines de milliers d’euros, le marché des BMW classiques modernisées sort de la confidentialité. Les maisons d’enchères s’y intéressent, les cotes des donneuses grimpent, et même les concours d’élégance ouvrent leurs pelouses à des machines modifiées.

Un détail mérite réflexion : pendant que le MKO s’arrache aux enchères, une M5 E34 ou une M5 E39 saine se négocie encore à une fraction de ce prix. Les donneuses d’aujourd’hui sont les restomods de demain. À bon entendeur : le S62 ne sera pas éternellement abordable, et les E9 à restaurer non plus.

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